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TONY GARNIER, RETOUR AUX SOURCES - 13

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XIII. L’« invention » de la villa moderne

Après l’abandon des projets de villas le long du parc de la Tête d’Or et la construction de la Vacherie municipale, sa première œuvre, en 1905, Tony Garnier va réaliser cinq villas échelonnées entre 1910 et 1937. Il met au point une esthétique, une organisation et une conception spatiale que l’on retrouvera dans les habitations individuelles publiées dans son ouvrage Une Cité industrielle en 1918. Au nord de Lyon, à Saint-Rambert-l’Île-Barbe, Tony Garnier construit tout d’abord un ensemble de trois villas. Les terrains où elles sont édifiées sont, au début du XXe siècle, une seule et même propriété, démembrée par la suite en plusieurs parcelles. Tony Garnier acquiert la première parcelle en 1910 pour y construire sa propre maison, puis une deuxième en 1913 pour sa femme Catherine Garnier. Enfin, la même année, Antoinette Bachelard devient la propriétaire du terrain mitoyen qu’elle agrandit en 1919 et dont elle confie le chantier à Tony Garnier. Le style de ces trois villas, sobre et dépourvu de décor architectural, confère à cette opération de lotissement un caractère homogène. L’ensemble de ces trois villas est achevé en 1924.

Alors qu’il réalise la troisième villa de Saint-Rambert, Tony Garnier reçoit commande de Barthélemy Gros, fabricant de soieries, qui souhaite agrandir une maison qu’il vient d’acheter à Saint-Didier-au-Mont-d’Or. Le propriétaire lui laisse carte blanche pour imaginer l’extension de son séjour ainsi qu’un espace extérieur. L’extension se démarque par son style architectural moderne tout en épousant le dénivelé du terrain. Elle est composée d’un volume cubique, d’un patio et d’éléments d’inspiration antique comme la mosaïque sur les piliers, la fontaine sculptée, les murs de couleur rouge brique ou les ouvertures en arcades, déjà utilisés dans sa propre maison dix ans auparavant. Enfin, au cours des années 1930, Garnier réalise deux autres maisons, l’une pour le directeur de l’École de Tissage de Lyon (attribuée à son chef d’agence Jean Faure), l’autre pour le dinandier André Linossier, toutes deux situées à la Croix-Rousse.

Si les villas de Tony Garnier se rejoignent sur plusieurs points, comme la sobriété esthétique, les toits plats, les matériaux utilisés, la mosaïque omniprésente ou les couleurs, elles se distinguent par les ambiances intérieures que dégagent les diverses combinaisons. Ces villas s’inspirent d’une culture architecturale acquise pendant son cursus académique à la villa Médicis à Rome. Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans ses villas le modèle de la villa antique, à l’instar du patio (ou atrium) qu’il réalise dans sa villa personnelle ou à la villa Gros. Mais cette approche « classique » est mise au service d’une même cause : l’« invention » de la villa moderne.

 

Tony Garnier, extension de la villa Gros (Le Méruzin) ; le patio – Photo © A.-S. Clémençon

 

Conception et rédaction des récits par l'Institut Tony Garnier.

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